leur arrivée dans ce pays ; il va sans dire que nous, placés dans les conditions que j’ai décrites, n’y échappâmes pas ; plusieurs de nous en furent même très malades.
Notre patience au milieu de toutes ces souffrances, notre docilité, triomphèrent enfin, jusqu’à un certain point, des préjugés, de la malveillance et de la calomnie. Au bout de trois mois, les autorités retirèrent la force armée, qui nous gardait si bien, et nous fûmes laissés seuls à Long-Bottom, sous les ordres de notre surintendant, qui avait moins de chicanes avec nous qu’avec ses hommes, et qui avait bien compris au fond, dès le commencement, que nous n’étions pas des misérables.
Les charges de contre-maîtres, de gardes de nuit, de portiers, de cuisiniers, d’hommes de service, furent données à ceux de nous qui étaient les moins habitués au travail manuel, ou qui semblèrent au surintendant les plus aptes à les remplir. Pour ma part, je fus fait factionnaire de nuit avec M. le notaire Huot.
On comprend que ce changement, si radical, améliorait considérablement notre situation : il n’y avait pas jusqu’à la cuisine qui ne s’en ressentît un peu ; nos aliments furent tenus avec plus de soin et de propreté et infiniment mieux apprêtés que par le passé ; mais c’est, surtout, du côté du cœur que ce changement nous était un énorme soulagement.
On imaginera facilement, d’ailleurs, que nous pouvions, sans manquer à ce que nous devions