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Page:Prieur - Notes d'un condamné politique de 1838, 1884.djvu/150

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notes d’un condamné politique.

à nos devoirs, nous permettre une foule de petites libertés, qui nous étaient auparavant interdites sous les peines les plus sévères. Notre surintendant, qui était devenu moins grossier et moins brutal, dormait à sa guise, tant la confiance que nous avions su lui inspirer par notre conduite était grande. J’ai déjà dit combien nous souffrions, la nuit, dans nos petites prisons, du froid le plus souvent, quelquefois de la chaleur, et toujours de l’air confiné : nous pûmes, profitant des libertés dont nous laissait jouir le nouveau régime, apporter quelque soulagement à cette misère. Nous pouvions, en ouvrant la porte de nos logements, aller nous chauffer à un feu fait dans la cuisine, pendant les nuits froides de l’hiver, et prendre l’air, pendant les nuits chaudes de l’été.

Notre cuisinier avait trouvé le moyen de confectionner, avec de la farine de maïs grillée et la viande de nos rations, des ragoûts, incomparablement préférables au gruau dégoûtant et au bouilli malpropre de notre ancien ordinaire.

Peu de temps après le retrait des gardes, notre surintendant nous permit d’exercer, entre les heures du travail réglementaire, une petite industrie qui consistait à recueillir, sur le rivage de la Baie près de laquelle nous travaillions, des coquillages que nous vendions aux chauliers ; car, dans ce pays, la chaux se confectionne avec des coquillages, qui sont en abondance sur tous les rivages. De cette sorte, nous pouvions nous procurer quelques sous, avec les-