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Page:Prieur - Notes d'un condamné politique de 1838, 1884.djvu/195

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notes d’un condamné politique.

C’était une véritable étude de l’esprit humain, que celle à laquelle donnaient lieu les conversations de nos visiteurs. Quelques-uns avaient le bon sens et le bon goût d’avouer qu’ils n’y comprenaient rien, et de demander des explications que nous leur donnions avec plaisir, mais en les priant de n’en rien dire aux autres, afin de nous amuser des remarques de chacun ; d’autres, qui ne comprenaient pas du tout ce que nous faisions, se posaient cependant en connaisseurs, et, sans donner la moindre explication, bien entendu, disaient que c’était facile à comprendre ; d’autres enfin, avec cette suffisance grossière qu’on connaît, disaient : — « ces canadiens sont donc bien bêtes de s’imaginer qu’ils vont pouvoir chauffer ce four sans brûler le bois de sa charpente, et, par conséquent, sans le faire écrouler. » En un mot, tous les degrés de la sagesse et de la folie humaine se laissaient voir dans les appréciations ; que suggérait la vue d’un simple four de terre en construction. La circonstance donna lieu à l’exhibition d’infiniment plus de pitoyable éducation et de sot orgueil que de sage réticence et d’humble recherche, apanages de l’honnête sens commun et d’une bonne éducation domestique.

La curiosité de voir chauffer notre four, puis de manger du bon pain de ménage qu’on y faisait cuire, nous attira tout d’abord une assez bonne clientèle, et nous nous moquions de bon cœur des gros sots qui s’imaginaient que nous