Je leur appris que les autorités remettaient aux familles les corps des exécutés, et je les priai de vouloir bien déposer mes restes dans le cimetière de ma paroisse natale, à l’ombre de l’église où le baptême m’a fait chrétien et où j’ai fait ma première communion. À ces paroles adressées à mes bons parents, ma mère répondit, d’une voix assurée, que je ne mourrais pas sur l’échafaud : — « Prions la sainte Vierge, elle te sauvera, me dit-elle… » Un instant après, nos larmes et nos embrassements, à tous trois, mettaient fin à cette visite.
Que de scènes de ce genre et de plus déchirantes encore n’ont pas vu ces murs de la prison du Pied-du-Courant. Tous mes compagnons de captivité et de condamnation étaient pères de famille, à l’exception de deux. Les femmes et les enfants venaient voir ceux que la main du bourreau allait bientôt, suivant toute probabilité, arracher à leur affection… Tout cela se passait sous nos yeux ; nos peines comme notre condamnation étaient presque communes entre nous. De toutes les pauvres femmes des condamnés, madame De Lorimier est celle qui m’inspirait le plus de pitié : c’était comme un pressentiment, et puis, cette pauvre famille, en perdant son chef, perdait tout moyen d’existence. Notre malheureux ami parlait chaque fois à sa femme de sa pauvreté, il cherchait à trouver quelque moyen à lui suggérer pour pouvoir élever ses enfants, et, dans l’impossibilité de trouver ce moyen sous des formes saisissables,