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Page:Prieur - Notes d'un condamné politique de 1838, 1884.djvu/92

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NOTES D’UN CONDAMNÉ POLITIQUE.

dans les escaliers voisins, nous fit comprendre que l’heure du départ était arrivée.

Bientôt on fit retirer les étrangers, c’est-à-dire les membres des familles des condamnés, et un instant après des officiers civils et militaires, accompagnés de soldats vinrent procéder à l’enchaînement des prisonniers. Nous fûmes liés, deux à deux et conduits dans la cour antérieure de la prison, entre deux haies de soldats de pied : à la porte stationnait un détachement de cavalerie. Là, aussi, se tenaient des épouses et des enfants de condamnés, qui, avertis trop tard, n’avaient pu venir à temps, pour converser, une dernière fois, avec leurs maris et leurs pères dans la prison. C’étaient des cris, des larmes, des adieux déchirants jetés à travers les rangs des soldats, quelquefois un élan vers les condamnés, réprimé par les agents de l’autorité.

En sortant de la prison et en me trouvant sous un ciel ouvert, je ressentis un moment de bien-être matériel impossible à décrire : je n’étais pas sorti des murs de la geôle depuis mon procès ! Je respirai l’air à pleine poitrine et je regardai le beau ciel de mon pays ; mais cette jouissance fut de courte durée ; car, bientôt rappelé au sentiment de la réalité, je me plongeai dans les tristes réflexions que suggérait la perspective de mon triste sort.

En quittant nos logements de la prison, nous fûmes l’objet de chaudes marques de sympathie de la part de plusieurs des employés de l’établissement ; cela fait honneur à l’humanité et fait