Page:Procès-verbal de la Commission Municipale du Vieux Paris, 1898, 1.djvu/11

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Il communique un spécimen de cette collection (une « Vénus pudique », trouvée rue des Fossés-Saint-Jacques), spécimen qui est fort admiré.

M. Périn signale l’intérêt pour l’histoire de Paris de cette collection précieuse, dont les objets ont été étiquetés avec soin, au point de vue de l’emplacement où ils ont été trouvés dans les fouilles.

M. Edgar Mareuse fait hommage à la Commission d’épreuves photographiques tirées par lui et reproduisant divers aspects du mur de l’enceinte de Lutèce récemment découvert rue Chanoinesse.

M. le Président adresse des remerciements à M. Edgar Mareuse, au nom de la Commission, et déclare que les photographies sont renvoyées à la Sous-commission des fouilles. Ensuite il donne la parole à M. Lamouroux pour la lecture du rapport, qu’il a préparé, relativement à la découverte du mur gallo-romain de l’ancienne Lutèce.



RAPPORT PRÉSENTÉ PAR M. LAMOUROUX SUR LE FRAGMENT DE CONSTRUCTION GALLO-ROMAINE DÉCOUVERT DANS L’ÎLE DE LA CITÉ, EN DÉCEMBRE 1897.


Messieurs,

Il y a environ un mois, M. le Préfet fut informé, comme président de la Commission du « vieux Paris », par une lettre de M. Barbé, un amateur passionné de nos antiquités parisiennes, qu’au cours des terrassements exécutés sur un emplacement situé entre la rue Chanoinesse, la rue du Cloître-Notre-Dame et le quai aux Fleurs, en vue de l’édification d’un groupe de maisons, on avait rencontré à une certaine profondeur un mur ancien, qui pouvait intéresser l’histoire de notre vieille cité.

En conséquence, M. le Préfet me chargea de réunir d’urgence quelques membres de la Commission pour nous rendre sur place et nous assurer de visu de la nature et de l’importance de cette découverte.

Dans une première visite à l’endroit indiqué, le 31 décembre 1897, visite à laquelle ont pris part avec moi MM. Ch. Lucas, Mareuse, Augé de Lassus et Ch. Sellier, nous avons pu déjà constater l’existence, à 4 où 5 mètres de profondeur au-dessous du sol actuel, d’un mur affleurant en plusieurs points le fond des fouilles et paraissant se continuer, de l’est à l’ouest, presque parallèlement au quai Mais ces quelques parties apparentes n’étaient pas suffisamment dégagées pour permettre d’en juger convenablement ; aussi témoignâmes-nous le désir de voir, exécuter les dégagements et les fouilles indispensables pour en connaître davantage. Avec un gracieux empressement et une courtoisie auxquels nous tenons à rendre hommage, M. Le Voisvenel, l’architecte, et M. Loup, l’entrepreneur, s’offrirent de faire, à leurs frais, les travaux nécessaires et nous donnèrent rendez-vous pour le 12 janvier 1898, à l’effet d’examiner et d’apprécier les parties découvertes et dégagées, dans l’intervalle de ce temps, par leurs soins gracieux et obligeants.

Le 12 janvier 1898, à 3 heures 1/2, nous sommes de nouveau descendus dans ces fouilles où nous attendaient MM. Le Voisvenel et Loup. À cette seconde visite, j’étais accompagné de MM. Ch. Lucas, Paul Viollet, Mareuse, Georges Cain, Augé de Lassus, Laugier et Ch. Sellier, membres de la Commission, auxquels s’étaient joints, sur leur demande, MM. Barbé, Vacqué, Hoffbauer et Godefroy.

L’avis général a été qu’on se trouvait en présence d’un fragment, assez important de construction gallo-romaine, développant environ 60 mètres de longueur, mais apparent et dégagé seulement sur une portion de 13 mètres, du côté de l’est, et sur deux très faibles parties de 2 à 3 mètres, vers l’ouest, le tout offrant une épaisseur courante d’un peu plus de 2 mètres et distant de l’alignement des façades sur le quai d’environ 14 mètres.

Dans la portion de 13 mètres, dont il vient d’être question, la direction de la muraille s’infléchissait sensiblement et formait un angle rentrant très ouvert. En cette partie, les fouilles et les dégagements récemment exécutés avaient mis la construction complètement à découvert, sur 1 m. 50 c. et 2 mètres de hauteur, et permettaient de constater aisément sa nature. Nous avions sous les yeux un mur de grand appareil, composé de blocs de pierre, posés à sec, c’est-à-dire sans appoint de ciment ou de mortier, aux parements, lits et joints assez bien dressés.

Suivant l’avis de plusieurs personnes compétentes en la matière, ces pierres appartiendraient à l’espèce dite rochet demi-dure ou banc-franc paraissant provenir des carrières de Bagneux où de Clamart, dont les produits sont similaires. En ce point, qui est justement celui où la direction du mur s’infléchit, la construction se trouvait sensiblement déversée