Page:Procès-verbal de la Commission Municipale du Vieux Paris, 1898, 5.djvu/3

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M. Alfred Lamouroux donne ensuite lecture de la lettre ci-dessous :


« Paris, le 1er juin 1898.


À M. le Préfet de la Seine, président de la Commission du Vieux Paris.


Monsieur le Président,

On a découvert, il y a environ cinq ans, dans une poutre provenant d’une grange qui avait jadis appartenu à l’abbaye de Saint-Denis et sise à Lagenay (département du Cher, arrondissement de Bourges, canton de Lury), un petit monument intéressant l’Hôtel-Dieu de Paris. C’est une matrice de sceau, dont M. H. Ponroy a donné, dans le tome xx des Mémoires de la Société des antiquaires du Centre (p.340-341), une description suffisamment précise.

Il semble, d’après la note de cet érudit, qu’on voie, au centre du sceau, un malade couché dans un lit, dont un autre personnage, sans doute une religieuse, dispose la couverture comme il convient : « de face et debout, au second plan, ajoute M. Ponroy, sont deux autres personnages, portant chacun un mouton sur le bras droit et tenant, l’un une oriflamme, l’autre une palme » ; de ces deux personnages, l’un est vraisemblablement le patron de l’Hôtel-Dieu, saint Jean-Baptiste tenant l’Agnus, sur le bras gauche du sceau, bras droit de la matrice ; légende :


S[igillum] indulgenciarum domus dei parisiensis.


M. Ponroy date cette matrice du xve siècle.

La matrice de Lagenay présente de l’intérêt à plus d’un titre.

Les sceaux de l’Hôtel-Dieu de Paris sont fort rares ; il y a sept ans, je n’ai pu en mentionner que sept, antérieurs au xvie siècle, et depuis cette époque, il n’en a pas été signalé d’autres, à ma connaissance.

Ces sept sceaux se rattachent à deux types, celui du saint Jean seul et celui du saint Jean accosté d’un religieux agenouillé.

Enfin, le seul sceau d’indulgences jusqu’alors connu était postérieur au 2 mai 1505 ; l’original a d’ailleurs disparu, sans même qu’on sache dans quel dépôt d’archives il se trouvait autrefois ; une reproduction en a été donnée par Husson, dans son Étude sur les hôpitaux ; j’ai à mon tour inséré cette gravure dans mon Hôtel-Dieu de Paris au moyen âge.

Les sceaux d’indulgences étaient destinés, comme on sait, à sceller les lettres d’absolutions remises par le procureur général de l’Hôtel-Dieu, au cours de ses tournées en province et même à l’étranger, aux personnes qui, désirant gagner les indulgences, déposaient entre ses mains une offrande en argent ou en nature.

Ainsi, la matrice de Lagenay n’est pas seulement le huitième sceau jusqu’ici retrouvé du vieil hôpital parisien ; elle n’a pas seulement le mérite de fournir un spécimen unique d’un troisième type qu’on ne connaissait pas encore ; elle présente, en outre, l’intérêt de constituer l’unique sceau d’indulgences antérieur au xvie siècle qui nous soit parvenu.

Ce sont, je crois, des titres à la bienveillante attention de la Commission du Vieux Paris.

La matrice de Lagenay aurait sa place marquée dans les collections archéologiques de la Ville de Paris. Dans le cas où Mlle Hèmery, de Lagenay, dans les propriétés de laquelle elle a été trouvée, ne croirait pas pouvoir s’en dessaisir, il y aurait intérêt à faire prendre quelques empreintes pour le musée Carnavalet et pour les collections sigillographiques des Archives nationales.

Je termine cette trop longue communication en informant la Commission du Vieux Paris qui, récemment, s’est occupée des verrières de l’église Saint-Étienne-du-Mont, que j’ai dernièrement trouvé deux marchés relatifs à l’exécution de certains vitraux de cette église, notamment le vitrail de la Vie de saint Claude (Inventaire des Richesses d’art de la France, Paris, monuments religieux, I, 17-317) ; ces documents prendront place dans l’Inventaire sommaire d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris, actuellement en préparation.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’hommage de mon respectueux dévouement.

E. Coyecque,
archiviste-paléographe, sous-
archiviste de la Seine. »


Des remerciements seront adressés à M. Coyecque pour sa communication et sa lettre est renvoyée à la 1re Sous-commission.


M. Alfred Lamouroux dit qu’il a reçu la