Page:Proudhon - La Révolution sociale démontrée par le coup d’État du 2 décembre.djvu/82

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée
— 76 —

ingrat, infidèle à l’amitié , ne trouve à cette nouvelle que des railleries ignobles sur la perte des 25 francs. Les montagnards étaient dépopularisés, savez-vous pourquoi ? parce qu’ils étaient indemnisés. Le peuple, qui accueille sans sourciller une liste civile de 12 millions, attendu, dit-il, que cela fait aller le commerce, regarde l’indemnité de ses représentants comme un vol fait à sa bourse. 25 francs par jours ! des démocrates !... La démocratie, c’est l’envie.

Il n’y avait pas jusqu’à la hardiesse du coup de main qui n’amusât le peuple. On trouvait charmant d’avoir été prendre au lit ces hommes qui la veille parlaient de mettre Bonaparte a Vincennes, et d’en finir avec la république. Bravo ! bien touché, disaient les faubouriens. Aucune victoire de l’Empereur ne les impressionna plus vivement.

Cependant l’acte du 2 décembre n’en restait pas moins un attentat au premier chef contre la constitution et contre l’assemblée, partant contre la république elle-même. L’appel au peuple ne pouvait le couvrir : l’appel d’un individu au peuple ne peut prévaloir contre le droit écrit du peuple. Pour que l’appel au peuple put être pris en considération, il aurait fallu , au préalable, remettre les choses in statu quo. Au point de vue de la légalité, Bonaparte était donc coupable, passible de l’article 68 de la Constitution. Bien vrai était-il que cette Constitution avait été mainte fois violée par ceux qui parlaient maintenant de la défendre. Mais enfin elle était la loi, le monument de la révolution et de la liberté ; loin qu’il fallût déchirer le pacte, la démocratie n’avait d’appui que là.