Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/118

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tive, nos désirs sans illusion, les Arts sans passion, leurs ouvrages sans effet.

Pour moi, je pense que plus on est habitué à mettre en action l’organe du sentiment dans la jouissance des Arts, plus aussi l’on est sensible à ce charme moral de tous ces dehors que la froide raison dédaigne, parce qu’elle n’a aucune prise sur eux.

Et n’est-ce pas aussi cet ensemble de sentimens accessoires qui ajoute aux jouissances de la vie une délectation inappréciable ? Que seraient-elles, réduites à ce qu’elles ont de sensuel ? Qu’on les prive de toutes ces délicatesses qui les épurent, qui les embellissent, en quoi l’homme l’emporterait-il sur la brute ? Qu’on enlève au sentiment le plus vif de l’espèce humaine, à l’amour, tout ce cortège d’illusions morales, que reste-t-il ? Qu’on dépouille chacune de nos passions de tout ce qu’on y appelle imaginaire, et l’on verra que ce qu’elles ont de vain, est encore ce qu’elles ont de plus réel. Que deviendraient de même ces Arts associés à toutes les illusions humaines ? Que deviendraient-ils définis par l’analyse, et réduits à rendre compte à la seule raison de tous leurs moyens de plaire ?

Certes, ce qu’il y aurait de plus extraordinaire, serait que cette tyrannique raison, après leur avoir