Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/90

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s’efforçaient de communiquer, les artistes n’étaient pas de froids calculateurs des proportions, de méthodiques imitateurs des formes et des parties du corps humain. Tantôt ils croyaient avoir vu en songe la divinité dont ils enfantaient l’image ; tantôt ils cherchaient dans l’enthousiasme poétique la mesure du caractère qu’ils voulaient rendre sensible. La croyance religieuse, le besoin d’élever l’homme à une beauté plus qu’humaine, la grandeur de la destination, cette importante obligation de se mettre au niveau de l’imagination de plus en plus exaltée d’un peuple passionné : voilà quel fut le foyer qui donna la chaleur et la vie aux ouvrages de l’Art.

Loin que chez eux on connût ces travaux parasites qui ne semblent créés que pour l’amusement de l’oisiveté, loin qu’on pratiquât cet usage de monumens sans emploi, tout, au contraire, était en scène ; tout jouait un rôle, tout était vivifié par une destination accessoire et sensible ; la nature y animait moins l’Art, que l’Art lui-même ne semblait y animer toutes les parties de la nature. Par lui, tout corps eut un esprit, tout esprit eut un corps. Dans les campagnes, dans les villes, dans les places, dans les maisons, dans les routes, tout vivait, tout respirait, tout pensait par la