Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/96

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que reculée qui les vit naître. Ce n’est point tout-à-fait une illusion de l’esprit ; il y a du vrai dans ce rapprochement. Mes yeux voient ce qui fut vu par Périclès, par Platon, par César. Horace et Virgile passèrent devant ces colonnes que j’admire. Nous avons donc admiré les mêmes objets, touché les mêmes beautés. Voilà un point où nous nous sommes rencontrés. Cette dragme, ce quadrans, ont passé par les mains de ces personnages que nous sommes habitués à ne voir qu’en songe. Je possède donc ce qu’ils ont possédé ; c’est une sorte de communauté qui s’établit entre nous, et nous rend un moment contemporains et compatriotes.

Ce charme de la vétusté tient donc à la certitude mais aussi à l’apparence de la vétusté. Voilà pourquoi il est si précieux aux yeux de l’amateur, ce vernis du temps, que l’on cherche si souvent à contrefaire. Redonner à ces restes mutilés une menteuse intégrité, effacer et faire disparaître des ouvrages antiques l’empreinte de l’antiquité, et leur redonner un faux air de jeunesse, c’est leur enlever en partie leur valeur et leur beauté, et cette espèce d’inviolabilité qui les défendait des attaques de l’esprit de critique.

Car l’ancienneté a en quelque sorte l’avantage