Page:Quevedo - Don Pablo de Segovie.djvu/132

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avons pour les rapiécer des heures marquées, comme ailleurs il y en a pour les prières. Nos différentes ruses sont très curieuses à voir. Comme nous tenons le soleil pour notre ennemi déclaré, parce qu’il découvre nos raccommodages, nos coutures et nos guenilles, nous nous mettons le matin devant ses rayons les jambes ouvertes, et voyant alors à l’ombre par terre la représentation des haillons et bouts de fil qui se trouvent entre les cuisses, nous faisons avec des ciseaux la barbe à nos culottes. Il faut voir aussi comme nous ôtons des découpures de derrière pour raccommoder le devant, attendu que les entrecuisses s’usent toujours davantage, de sorte que la partie de derrière ainsi maltraitée est obligée de se contenter de ce qui peut lui rester ; il n’y a que le manteau qui le sait. Nous nous gardons des jours où il faut briller, et nous évitons de monter par des escaliers bien éclairés ou à cheval. Nous étudions des postures contre la lumière. Dans un jour clair, nous marchons les cuisses serrées, et nous ne faisons de révérences qu’en pliant les chevilles, parce qu’en ouvrant les genoux, on verrait tout le fenêtrage.

« Nous n’avons sur notre corps rien qui n’ait été auparavant quelque autre chose. Par exemple, vous voyez ce mauvais pourpoint ? Eh bien ! c’était auparavant des culottes, filles d’un manteau, petites-filles d’un capuchon ; car c’était cela d’abord. À présent il faut espérer qu’il se métamorphosera en semelles de bas et en plusieurs autres choses. Les chaussons étaient auparavant des mouchoirs faits de serviettes,