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ESP

M. Ch. Nodier a créé une autre expression qui me paraît heureuse, lorsqu’il a dit, dans sa charmante pièce intitulée : Changement de Domicile :

Quand je rêve tout seul, à travers la campagne,
Je me creuse parfois des fosses en Espagne.
Il est bon d’être à l’aise où l’on sera toujours.
Je voudrais y descendre à la fin des beaux jours.
Que chercher aux forêts si ce n’est une tombe ?

espérance. — L’espérance est le pain des malheureux.

Les malheureux se nourrissent d’espérance, ils suppléent par l’espérance aux biens dont ils sont privés. Eh ! que deviendraient-ils, si elle ne les soutenait, si elle ne fesait luire ses rayons consolateurs sur ce fond d’agonie où se traîne leur misérable existence ?

L’espérance est le viatique de la vie.

L’espérance est la compagne inséparable de l’homme sur le chemin qu’il parcourt du berceau à la tombe, et c’est elle qui le fait vivre jusqu’à son dernier soupir. La devise des philosophes elpistiques, Dum spiro, spero, tant que je respire, j’espère, appartient à tout le genre humain.

L’espérance est le songe d’un homme éveillé.

Sentence d’Aristote passée en proverbe. — L’espérance, en effet, est de la même nature que les songes. Il n’y a rien en elle de réel. Elle fait luire à nos yeux de belles veilles de jours fortunés auxquelles nous ne trouvons pas de lendemain ; elle nous offre de beaux vergers en fleurs dont nous ne cueillons pas les fruits ; elle étend devant nous un horizon doré où la gloire, la fortune, les plaisirs qui nous invitent ne sont plus, à notre approche, que des fantômes. Rivarol l’a définie très spirituellement : Un emprunt fait au bonheur. Mais cet emprunt est presque toujours usuraire ; car il faut payer d’un temps précieux qu’elle nous enlève les chimériques rêves que nous lui devons. Ainsi elle est bien plutôt un vol fait au présent en faveur d’un avenir qui n’existera peut-être jamais. Le sage compte peu sur elle ; il en laisse les illusions aux ames faibles ou malheureuses qui ne savent pas trouver en elles-mêmes ce qu’il leur faut ; il la con-