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AIM

conseil ne paraissait pas approuver cette guerre qu’il embrassait avec une extrême avidité, il porta sur Gaucher de Châtillon[1] un de ces regards qui semblent vouloir enlever les suffrages. « Et vous, seigneur connétable, lui dit-il, que pensez-vous de tout ceci ? Croyez-vous qu’il faille attendre un temps plus favorable ? — Sire, répondit le guerrier, qui a bon cœur, a toujours le temps à propos. « Philippe, à ces mots, se lève transporté de joie, court au connétable, l’embrasse et s’écrie : Qui m’aime, si me suive ! Saint-Foix, qui rapporte le fait, prétend que ce fut l’origine du proverbe ; mais il est sûr que ce n’en fut que l’application. Le proverbe existait longtemps auparavant, puisqu’il se trouve dans ce vers de Virgile :

Pollio, qui te emat veniat quo te quoque gaudet.

Il remonte jusqu’à Cyrus, qui exhortait ses soldats en s’écriant : Qui m’aime, me suive !

Qui bien aime, bien châtie.

Qui benè amat, benè castigat.

Le conseil exprimé par ce proverbe, étranger aux mœurs actuelles, fut un des points fondamentaux de la méthode du stoïcien Chrysippe pour l’éducation des enfants. Il paraît même avoir fait partie de la doctrine socratique, si l’on en juge par la quatrième scène du cinquième acte des Nuées d’Aristophane, où un disciple de Socrate est représenté battant son père, en disant : « Battre ce qu’on aime est l’effet le plus naturel de tout sentiment d’affection ; aimer et battre ne sont qu’une même chose. Τοῦτ ἔς̓ ευνοεῖν τὸ τυ҆πτειν. »

Quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a.

Proverbe qui se trouve dans presque toutes les langues, tant la vérité qu’il exprime est généralement reconnue. Il n’y

  1. Ce guerrier magnanime, disent les historiens, avait eu l’honneur de recevoir l’ordre de chevalerie des mains de saint Louis, et s’était montré, pendant sept règnes consécutif, le plus ferme appui du trône de ses maîtres.