Page:Réflexions sur la révolution de France.pdf/26

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cette circonstance, ne furent ni heureux ni secondés par la faveur populaire, et Burke s’exposa a une censure particulière, en se laissant entraîner, par la chaleur de son imagination, a des expressions peu respectueuses pour la personne du roi.

Mais, ce qu’il y a de plus remarquable dans la carrière politique de cet orateur, c’est la manière dont il se prononça contre la révolution française dès son origine. On aurait pu supposer qu’un homme qui avait long-temps fait cause commune avec les amis de la liberté dans son pays, et montré beaucoup d’égards pour les Américains insurgés, applaudirait aux tentatives d’une nation voisine pour obtenir un mode de Gouvernement conforme aux principes qu’il avait si souvent énoncés ; mais son respect pour les institutions consacrées par le temps, et le sentiment profond de justice et d’humanité qui l’animaient expliquent son premier éloignement et ensuite la haine violente que lui inspira cette grande subversion politique, si terrible même a sa naissance. La première occasion qu’il eut de montrer cette haine se présenta en février 1790, dans un débat de la Chambre des Communes, ou il s’agissait de la réduction de l’armée. Fox voulait qu’on témoignât une noble confiance dans les nouveaux régulateurs de la France. Ce fut a ce sujet que Burke déclara hautement qu’il rompait avec lui tous liens d’amitié. Bientôt après, il conçut l’idée de ses Réflexions sur la Révolution française, qui parurent au mois d’octobre de la même année. Il fallait que sa pénétration fût extrême pour si bien juger et prédire les suites de la violente commotion que venait d’éprouver la France, tandis que l’enthousiasme des théories nouvelles avait com-