Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/124

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qu’on me raconte et que le quart de ce que j’en redis.

— Elle était de vieille famille puritaine ou quakeresse, je ne sais plus. Enfin tout ce qu’il y de mieux là-bas. Je crois même qu’ils étaient végétariens. La mère présidait une société de tempérance et une ligue contre la prostitution. Elle n’avait jamais dîné avec un juif. Le père s’occupait de minéralogie. Quand j’ai été reçu chez eux, lors de mon voyage aux États-Unis, on avait disposé sur la table de la salle à manger, en guise de surtout, les plus précieux échantillons de leur collection de minéraux. Au dessert, on y a ajouté une cage en or renfermant un oiseau mécanique qu’on remontait et qui chantait. C’était moins harmonieux que les rossignols du mont Athos, mais c’étaient tout à fait des gens de bien et des gens très bien. Leur fille était une charmante femme. Elle était artiste, faisait de la peinture, aimait la France et adorait Paris. Elle y habitait une partie de l’année, une vieille maison de l’île Saint-Louis, naturellement, où elle avait son atelier et toute meublée de meubles anciens, très bien choisis, ma foi. Sa peinture n’était pas mauvaise ; j’ai vu d’elle de fort jolies études de nus et un très agréable portrait de son fils, un bambin d’une douzaine d’années. Elle vivait donc à