Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/312

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sonniers, furent un jour visités par La Fayette : « Eh ! quoi, dit celui-ci en s’adressant aux gentilshommes de la troupe, vous vous êtes battus pour rester colons, au lieu de passer à l’Indépendance ! Restez donc esclaves ![1] »

Ce mot ne s’appliquait sans doute qu’à ceux des Canadiens français qui avaient pris du service dans les troupes anglaises ; il allait même, en bonne justice, par dessus leur tête, droit aux meneurs aristocratiques et cléricaux qui, par haine des principes naissants de la Révolution, avaient conseillé d’épouser la cause de l’Angleterre. Les conséquences de leurs conseils timorés allaient peser sur tous leurs compatriotes et décider pour longtemps de la servitude du Canada.

  1. L’opinion de La Fayette sur la question ne semble pas avoir toujours été aussi fixée et aussi nette qu’il le paraît dans cette réponse. Dans une lettre peu connue adressée par La Fayette à M. de Vergennes, alors ministre des affaires étrangères, et datée du Havre, le 18 juillet 1779, le compagnon d’armes de Washington propose au gouvernement français une expédition maritime à Halifax et s’exprime ainsi :

    « L’idée d’une révolution au Canada parait charmante à tout bon Français, et si des vues politiques la condamnaient, vous avouerez, Monsieur le comte, que c’est en résistant aux premiers mouvements du cœur. Les avantages et les inconvénients de ce projet demandent une grande discussion, dans laquelle je n’entrerai pas ici. Vaut-il mieux laisser aux Américains un objet de crainte et de jalousie par le voisinage d’une colonie anglaise, ou bien rendrons-nous la liberté à nos frères opprimés pour retrouver tous les profits de nos anciens établissements, sans en avoir la dépense et les déprédations ? Mettrons-nous dans la balance du Nouveau-Monde un quatorzième état qui nous sera toujours attaché et qui, par sa situation offrirait une grande prépondérance dans les troubles qui diviseront un jour l’Amérique ? Les opinions sont très partagées sur cet article. Je connais la vôtre, Monsieur le comte, et mon penchant ne vous est pas inconnu. » (Revue rétrospective, 2e sér., vol. 8, p. 292 et Revue des Deux-Mondes, 1er avril 1879, p. 639.)