Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/325

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


On alla jusqu’à proposer dans la Chambre des Lords de reconnaître l’indépendance des États-Unis d’Amérique. À cette nouvelle, le vieux lord Chatham, qui n’avait plus qu’un souffle de vie, se fit transporter dans la haute Chambre : « Aujourd’hui, s’écria-t-il, rassemblant les derniers éclats de sa voix, j’ai vaincu la maladie, je suis venu ici encore une fois, la dernière fois peut-être ; mais j’avais besoin d’épancher de mon cœur l’indignation que j’éprouve lorsque j’entends l’humiliante proposition d’abandonner la souveraineté de l’Amérique… Tant que la tombe ne se sera pas refermée sur moi, j’userai mes dernières forces à protester contre le démembrement de cette antique et noble monarchie ; je ne souffrirai pas que la nation se déshonore par l’ignominieux sacrifice de ses droits. »

Il fallait donc une dernière lutte pour briser cette chaîne que la métropole britannique voulait maintenir au cou de ses anciennes colonies. L’Angleterre fut particulièrement malheureuse dans ces dernières campagnes.

D’abord ses antiques alliés, les Iroquois, furent battus et chassés de leur pays par le général Sullivan qui marcha contre leurs cantons à la tête de cinq mille hommes. Refoulés au-delà des grands lacs, les débris de ces tribus qui avaient autrefois joué un si grand rôle dans les démêlés entre Anglais et Français, perdirent désormais toute importance et, affaiblis, dépouillés, se préparèrent avec résignation à cette lente disparition à laquelle semblent fatalement voués tous ces enfants des forêts qui n’ont voulu ou n’ont pu s’assouplir aux nécessités sociales d’une civilisation trop nouvelle et trop raffinée pour eux.