Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/327

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traité mémorable par lequel l’Angleterre reconnaissait l’indépendance des États-Unis et l’Europe la première nation libre du Nouveau-Monde. Le Canada, qui n’avait fait aucun effort pour conquérir sa propre indépendance, ne fut naturellement pas compris dans le traité. À tort ou à raison, la population avait cru plus prudent de rester fidèle à sa nouvelle métropole que d’entrer dans une alliance dont elle entrevoyait surtout les dangers. Les Canadiens virent cependant le territoire que leur avaient légué leurs aïeux, échancré et diminué, du côté du Sud, par les stipulations du traité de paix. Tout ce qui, après la conquête de la Nouvelle-France, avait été détaché, aussi impolitiquement qu’injustement, de son territoire pour agrandir les provinces voisines, fut réclamé par les Américains, et le ministère britannique se vit contraint d’accéder à leurs prétentions. Qu’eût-il pu dire en effet ? À toutes les raisons qu’il pouvait invoquer, les Américains avaient réponse toute prête avec l’adage antique : Patere legem quam fecisti[1].

Par suite de cet abandon, les villes de Québec et de Montréal ne se trouvèrent plus qu’à quelques lieues de la frontière ; le Canada perdit le lac Champlain avec ses montagnes et ses défilés, qui lui servaient de barrière naturelle. Ses frontières rétrogradèrent aussi du côté de l’Ouest où plusieurs postes fondés par les Français et portant des noms français (Saint-Louis, Détroit, etc.) furent compris dans les limites de la république américaine. « Plus de la moitié des Canadiens de ces contrées éloignées, écrit Garneau, devinrent Américains sans cesser d’être Français. »

  1. Subis la loi que toi-même as faite.