Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/101

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


veler plus d’une fois encore leurs incursions, les habitants du Canada purent, dans les intervalles, respirer un peu plus librement.

Par malheur, toutes les causes de troubles pour la colonie ne venaient pas des Sauvages. Depuis quelque temps déjà, d’assez graves dissensions s’étaient produites entre le gouverneur et les missionnaires jésuites, qui intervenaient constamment dans les affaires de la colonie et qui, en l’absence d’une administration régulière, tendaient de plus en plus à concentrer entre leurs mains toutes les fonctions civiles. « Les Jésuites, rois du Canada, écrit Michelet, avaient là de grands biens, une vie large, épicurienne (jusqu’à garder de la glace pour rafraîchir leur vin l’été). Ce séjour était commode à l’ordre qui y envoyait d’Europe ce qui l’embarrassait, parfois de saints idiots, parfois des membres compromis qui avaient fait quelque glissade. Il n’aimaient pas qu’on vît de près les établissements lointains qu’ils avaient au cœur du pays, qu’on vînt se mettre entre eux et les troupeaux humains dont ils disposaient à leur gré. Si ce monde fût resté fermé, ils auraient fait là à leur aise ce qu’ils ont fait au Paraguay, une société singulière où les sauvages, devenus écoliers, auraient été la matière la plus gouvernable, la plus agréable du monde ; seulement ces moutons n’auraient pu se garder des loups, lutter avec les tribus restées sauvages[1] ». La nomination au vicariat apostolique de la Nouvelle France d’une de leurs créatures, François de Laval, abbé de Montigny, évêque de Pétrée in partibus, fut une première occasion de conflits (1658).

  1. Michelet, Hist. de France, T. 17, p. 180.