Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/161

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« Ce fut là, suivant la remarque de l’historien Hutchinson, un des moments les plus critiques pour les colonies anglaises. » Heureusement pour elles, cette entreprise, conçue sur un plan des plus hardis, manqua faute de diligence et peut-être même faute d’argent, car la guerre en Europe dévorait tous les jours le plus clair des finances du royaume. Le marquis de Nesmond ne put partir de La Rochelle qu’à la fin de mai 1697, et par l’effet des vents contraires, il mit deux mois pour atteindre Terre-Neuve. Là, il fut décidé que la saison était trop avancée pour poursuivre sur Boston, attendu que les troupes du Canada ne pouvaient arriver à Pentagoët que le 10 septembre et que la flotte n’avait plus que pour cinquante jours de vivres. M. de Frontenac fut avisé de cet abandon des opérations, et M. de Nesmond, qui s’était promis une campagne glorieuse, fut obligé de retourner en France sans avoir tiré un seul coup de canon.

La paix de Ryswick signée sur ces entrefaites (1697) coupa court au projet de reprendre cette expédition. Cette paix, suivant des guerres généralement glorieuses pour nos armes, — où Luxembourg, Catinat, Boufflers, Vendôme, Tourville, Duguay-Trouin, s’acquirent un renom immortel, — assura à la France tous les territoires d’Amérique que lui avaient reconnus les traités précédents ; les Anglais renoncèrent en outre à toutes leurs prétentions sur la baie d’Hudson. On fixa la limite entre la Nouvelle-Angleterre et l’Acadie, à la rivière Saint-Georges. On laissa seulement les limites indécises du côté des Iroquois, parce que ces sauvages protestèrent de leur indépendance et qu’on ne voulut, ni de part ni d’autre, s’en faire des ennemis irréconciliables.