Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/218

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


assez, car les événements allaient prendre une extrême gravité et déchaîner la grande guerre qui ne finira plus qu’avec la perte de nos colonies.

Voltaire raconte ainsi[1] l’origine et les commencements de cette nouvelle guerre :

« Les révolutions que le roi de Prusse et ses ennemis préparaient dès lors était un feu qui couvait sous la cendre ; ce feu embrasa bientôt l’Europe, mais les premières étincelles vinrent d’Amérique.

« Une légère querelle entre la France et l’Angleterre pour quelques terrains sauvages vers l’Acadie, inspira une nouvelle politique à tous les souverains d’Europe. Il est utile d’observer que cette querelle était le fruit de la négligence de tous les ministres qui travaillèrent, en 1712 et 1713, au traité d’Utrecht. La France avait cédé à l’Angleterre, par ce traité, l’Acadie, voisine du Canada, avec toutes ses anciennes limites ; mais on n’avait pas spécifié quelles étaient ces limites ; on les ignorait : c’est une faute qu’on n’a jamais commise dans des contrats entre particuliers. Des démêlés ont résulté nécessairement de cette omission. Si la philosophie et la justice se mêlaient des querelles des hommes, elles leur feraient voir que les Français et les Anglais se disputaient un pays sur lequel ils n’avaient aucun droit : mais ces premiers principes n’entrent point dans les affaires du monde. Une pareille dispute élevée entre de simples commerçants, aurait été apaisée en deux heures par des arbitres ; mais entre des

  1. Précis du siècle de Louis XV, chap. 31.