Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/27

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nomma Sainte-Croix et qui est devenue depuis la rivière Saint-Charles[1]. Là, notre navigateur, se servant, comme truchements, de deux jeunes « Peaux-Rouges » qu’il avait pris avec lui lors de sa première expédition dans la baie des Chaleurs, put entrer en communication avec les sauvages et il réussit à gagner la confiance des chefs. Cartier, à leur prière, fit entendre la voix de ses canons : « De quoi, dit-il, ils furent si étonnés qu’ils pensoient que le ciel fust cheu sur eux, et se prirent à hurler et hucher si très fort, qu’il semhloit qu’enfer y fust vuidé. »

Curieux cependant de poursuivre ses découvertes, Cartier, laissant deux de ses vaisseaux à l’ancre, partit avec le troisième et remonta le fleuve jusqu’à une bourgade appelée par les sauvages Hochelaga et située à l’emplacement où s’est élevée depuis la ville de Montréal[2]. Les indigènes d’Hochelaga, comme ceux de Canada, firent fête à Cartier et à ses compagnons et lui donnèrent quelques indications sur leur pays et sur les rivières qui le traversent. Cartier eût bien voulu contrôler par lui-même ces renseignements ; mais reconnaissant la difficulté de remonter plus loin, à cause des rapides ou « sauts » qui barrent à cet endroit le cours du fleuve, il retourna à son hâvre de Sainte-Croix, où il se décida à hiverner avec sa flottille.

  1. Le P. Charlevoix fait hiverner Cartier à l’embouchure de la rivière dite Jacques-Cartier. Il est cependant plus probable que la rivière à laquelle Cartier donna le nom de Sainte-Croix est la rivière connue aujourd’hui sous le nom de Saint-Charles et qui se jette dans le Saint-Laurent, sous les murs de Québec. Mémoire de M. A. Berthelot, 1844.
  2. Ainsi nommée du mont qui la domine et que Cartier avait appelé Mont-Royal.