Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/498

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de santé morale, d’intelligence, de patriotisme qui distinguent nos cousins du Canada — s’abandonne lui-même, et se laisse jamais dominer, étouffer par ses voisins d’une langue et d’une origine différente. Le passé, à ce point de vue, répond de l’avenir. Quand on se rappelle que les deux millions de Canadiens français d’aujourd’hui (nous comprenons les Acadiens dans ce chiffre) descendent tous ou presque tous de ces dix mille colons Saintongeais, Poitevins, Bretons, Percherons, Normands, transportés de 1608 à 1703 sur les côtes d’Amérique ; quand on a vu avec quelle fermeté et quelle habileté tout à la fois, ces fils de laboureurs, abandonnés du même coup par leur métropole et par l’aristocratie de la colonie, ont maintenu contre la politique tour à tour astucieuse et violente du gouvernement anglais, leurs franchises, leurs institutions héréditaires, et ont enfin, après de longues luttes, reconquis leur autonomie, on ne peut qu’admirer une si merveilleuse force d’expansion et de résistance ; et comme il n’est pas probable que leurs qualités les abandonnent tout à coup, il n’y a aucune raison de penser que l’avenir ne répondra pas aux promesses du passé et aux espérances du présent.

Pour nous placer à ce seul point de vue, que la fécondité de la population franco-canadienne demeure pendant cent ans encore ce qu’elle a été depuis un siècle et comme, par le seul excédant des naissances sur les décès, cette population se double tous les vingt-cinq ans, les statisticiens auront à relever l’existence, dans vingt-cinq ans, de quatre millions ; dans cinquante ans, de huit millions ; dans soixante-quinze ans, de seize millions ; dans cent ans, de trente-deux millions