Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/51

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manifestèrent un véritable chagrin de ce départ : ils avaient pris les Français en vive affection et il leur fallut répéter, avant le départ, que cette séparation n’était que temporaire. Ils promirent de garder, dans l’intervalle, les bâtiments et les magasins de la colonie ; ce qu’ils firent, en effet, et avec une fidélité telle que quand M. de Poutrincourt revint, deux ans après, il trouva toutes choses dans l’état où il les avait laissées.

Nous avons dit : « deux ans après » ; l’absence fut, en réalité, de trente mois — du 11 août 1607 au 25 février 1610. — M. de Poutrincourt, dès son retour en France, s’était mis en campagne pour trouver des bailleurs de fonds qui le soutinssent dans sa lointaine et coûteuse entreprise ; mais il avait reçu, surtout dans l’entourage de la cour, plus de belles paroles que de concours effectif ; et ce n’est qu’à la fin que, s’étant adressé aux négociants de Dieppe, il put conclure avec deux d’entr’eux, les nommés Dujardin et Duquesne[1], un arrangement qui combla ses vœux et lui permit de prendre enfin la mer pour retourner dans sa chère Acadie.

Il emmenait avec lui, dans cette nouvelle expédition, deux de ses fils : Charles de Biencourt et Jacques de Salazar ; le fils du gouverneur de Dieppe, Robin de Coulogne, qui s’était fort intéressé à son entreprise, et enfin un certain nombre d’artisans ou de laboureurs, pris la plupart dans sa seigneurie de Champagne et parmi lesquels figurait un nommé Claude Dela-

  1. C’est le père du grand amiral, né à Dieppe en 1610.