Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/72

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Fatale expédition qui, en détruisant le dernier boulevard de la Réforme, saigna la France à blanc et lui enleva le plus clair de sa substance, au point de vue de son commerce, de sa richesse et de sa suprématie maritime, comme au point de vue des idées d’indépendance ou, comme nous dirions aujourd’hui, d’autonomie municipale, provinciale ! La Rochelle anéantie, c’est la dernière ville libre, la dernière commune de France qui disparaît. La digue de Richelieu ferme le plus actif, le plus riche de nos ports de commerce, le

    de voir que l’Espagne gouvernait la France, que Marie, Concini, Luynes, n’étaient qu’une cérémonie. Ils il distinguaient très bien, derrière ces ombres changeantes, un petit nombre d’étrangers, de vieux ligueurs et de jésuites ; pour âme, le confesseur du roi.

    Le jour de la mort d’Henri IV, chacun croyait qu’il y aurait massacre à Paris. Un jésuite même, en chaire, le conseilla, ou regretta qu’il n’eût pas eu lieu. Dès l’année suivante (1611), on commença à organiser dans les villes catholiques du Poitou et du Limousin et aussi à Saintes, à Orléans, à Chartres, de vives paniques, en criant : « Voilà les huguenots qui arment et qui vont vous massacrer ! » furieux de peur, les catholiques armaient et voulaient tuer tout. Toujours le même moyen qui avait réussi dans toutes les Saint-Barthélemy du XVIe siècle !

    « Les protestants auraient été fous s’ils n’avaient pas pris des précautions. Ils n’avaient nulle précaution à attendre d’un gouvernement dominé par l’Espagnol qui eût voulu le massacre. Ils recoururent à eux-mêmes, rétablirent les institutions de défense qui seules les avaient sauvés autrefois… Cette organisation de défense, quoique fort mal exécutée, imposa au parti massacreur. Mais elle lui donna une bien belle occasion de calomnier les protestants et de les faire prendre en haine. Ils voulaient une république, ils faisaient un État dans l’État, etc., etc. C’est ce qu’on répète encore, sans aucune réflexion sur la nécessité terrible qui fit et exigea cela. Chose monstrueuse, en effet, coupable, horriblement coupable ! Ils voulaient vivre, ils voulaient sauver leurs femmes et leurs enfants ! »

    Il faut lire tout ce chapitre de Michelet, sur une des époques où les opinions de convention ont le plus dénaturé la vérité historique.