Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/83

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observations du cabinet français, le roi d’Angleterre ne fit-il aucune difficulté de convenir que Québec et son territoire devaient en effet revenir à la France. Néanmoins, les mois se passèrent, deux années même s’écoulèrent sans que cette reconnaissance platonique aboutît à une restitution. Les Anglais n’ont jamais lâché volontiers ce qu’ils ont une fois tenu. La cour de France, d’ailleurs, mettait une certaine mollesse dans ses revendications. Les ministres mêmes étaient partagés sur les avantages de cette possession lointaine. Le Canada valait-il la peine qu’on fît de nouveaux efforts pour s’y établir ? Ainsi raisonnaient les partisans de l’abandon. En fait, à ne considérer que sa situation d’alors, il est bien certain que la « Nouvelle-France », malgré son étendue territoriale, ne donnait pas l’idée d’un puissant empire. Rappelons le tableau qu’en trace, en quelques traits, le P. Charlevoix :

« Un petit établissement dans l’île Royale (île du Cap-Breton) ; le fort de Québec environné de quelques méchantes maisons et de quelques baraques ; deux ou trois cabanes dans l’île de Montréal, autant peut-être à Tadoussac et en quelques autres endroits sur le fleuve Saint-Laurent, pour la commodité de la pêche et de la traite ; un commencement d’habitation aux Trois-Rivières, et, en Acadie, les ruines de Port-Royal, voilà, dit tristement le narrateur, en quoi consistoit la Nouvelle-France, et tout le fruit des découvertes de Verazzani, de Jacques Cartier, de M. de Roberval, de Champlain, des grandes dépenses du marquis de La Roche et de M. de Mons et de l’industrie d’un grand nombre de François qui auroient pu y faire un grand établissement s’ils eussent été bien conduits. »