Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/9

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encore pour mettre la France sur le pied qu’elle doit occuper pour être digne de son passé et reprendre son rang dans le monde. Tous les périls ne sont pas conjurés, ni tous les obstacles surmontés. Nos partis politiques semblent séparés par des divisions implacables et leurs hostilités leur font trop souvent perdre de vue les intérêts supérieurs du patriotisme. L’étranger constate, non sans raison, hélas ! les ferments de démoralisation qui pullulent dans notre littérature, dans nos romans, dans notre théâtre, et qui insinuent dans l’esprit des jeunes générations leur virus délétère. Nos familles, où ce poison s’introduit trop souvent, ne sont pas aussi unies qu’elles devraient l’être ; et trop souvent, par un calcul d’égoïsme mal entendu, elles ne sont pas non plus aussi fécondes qu’il le faudrait. Ce n’est pas sans inquiétude qu’on voit la population de notre pays rester stationnaire ou décroître, tandis que dans les pays qui nous avoisinent, l’excédant des naissances sur les décès accroît incessamment le chiffre des jeunes hommes en état de porter les armes. L’émigration toujours plus forte des campagnes vers les villes est aussi un symptôme inquiétant, car si elle peut se justifier au point de vue économique, elle entraîne d’ordinaire des conséquences fâcheuses au point de vue moral et physique. L’attrait des plaisirs, la soif de l’argent, l’appétit des honneurs, relèguent trop souvent au second plan le véritable honneur, la soif de la justice, l’esprit de sacrifice, les devoirs austères. Il faudrait à nos esprits trop légers et frivoles quelque chose de cette forte et solide trempe dont étaient faits les esprits des Huguenots et des Jansénistes. Toutefois, ne désespérons de rien ! Il y a beaucoup de ressources dans notre peuple, et son génie national, fait tout à la fois d’enthousiasme et de bon sens, n’a pas dit son dernier mot. Notre histoire est pleine de défaillances irrémédiables en apparence et qui ont été toujours suivies de magnifiques relèvements. Quand le « roi de Bourges », comme on appelait Charles VII, voyait tout son royaume, sauf une ou