Page:Racan Tome I.djvu/242

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Que tes appas ont de rigueur,
Et que ta plus claire journée

Produira de nuits en mon cœur !

Mon roy, las de l’oisiveté
Où l’hyver l’avoit arresté,
Benit je temps qui l’en délivre.
On voit bien quel est son pouvoir
De ce qu’il faut que pour le suivre
Mon amour cede à mon devoir.

Non, non, contentons mon desir :
C’est le conseil qu’il faut choisir.
Quoy qu’on en parle et qu’on m’en blâme,
Puis-je servir un plus grand roy
Que le bel astre à qui mon ame
A donné ma vie et ma foy ?

Qu’un autre, enflé d’ambition,
Aille assouvir sa passion
Aux yeux d’une foule importune ;
Pour moy, je renonce à la cour,
Et ne veux faveur ny fortune
Que dans l’empire de l’Amour.

Qu’il fasse des faits inoüis
Sous les enseignes de Louis,
Ce grand Mars du siecle où nous sommes,
Je n’en seray point curieux :
S’il sert le plus puissant des hommes,
Je sers le plus puissant des dieux.