Page:Racan Tome I.djvu/272

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Si vous fustes tesmoins de mon inquietude,
Soyez-le desormais de mon contentement.




CONSOLATION

À Monseigneur de Bellegarde sur la mort
de M. de Termes, son frere.


C’est à ce coup, Roger, que la rage du sort
A contre ta vertu fait son dernier effort,
Ennuyé de souffrir sa longue resistance.
Chacun avecque doute attend l’évenement
D’un combat où l’on voit une extrême constance
S’opposer aux assauts d’un extrême tourment.

L’on pardonne les pleurs aux personnes communes,
Mais non pas aux esprits qui dans les infortunes
Ont si visiblement leur courage éprouvé.
Modere donc l’ennui dont ton ame est touchée,
Et ne regrette point que ton frere ait trouvé
La mort que ta valeur a tant de fois cherchée.

Sa gloire étoit le but de son ambition,
L’amour de la vertu la seule passion
Dont il étoit épris, soit en paix, soit en guerre ;
Et, sortant comme toy de la tige des dieux,
Cependant que le sort l’arrestoit sur la terre,
Tous ses vœux ne tendoient qu’à retourner aux cieux.

Desormais ce guerrier est, selon son envie,
Parvenu par sa mort à la celeste vie.
Aprés s’estre assouvi des appas de l’honneur,
Les dieux l’ont retiré des mortelles allarmes,
Et, si rien à present peut troubler son bonheur,
C’est de te voir pour lui répandre tant de larmes.