Page:Racine - Abrégé de l’histoire de Port-Royal, éd. Gazier, 2e éd.djvu/36

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mot, la Mère des Anges, malgré toutes les traverses qu’on lui suscitait, rétablit entièrement dans Maubuisson le véritable esprit de saint Bernard, qui s’y maintient encore aujourd’hui par les soins de l’illustre princesse[1] que la Providence en a fait abbesse : et, après avoir gouverné pendant vingt-deux ans ce célèbre monastère avec une sainteté dont la mémoire s’y conservera éternellement, elle en donna sa démission au roi, et vint reprendre à Port-Royal son rang de simple religieuse. Elle demandait même à y recommencer son noviciat, de peur, disait-elle, qu’ayant si longtemps commandé, elle n’eût désappris à obéir.

Cependant la communauté de Port-Royal s’était accrue jusqu’au nombre de quatre-vingts religieuses. Elles étaient fort serrées dans ce monastère, situé dans un lieu fort humide, et dont les bâtiments étaient extrêmement bas et enfoncés. Aussi les maladies y devenaient fort fréquentes, et le couvent ne fut bientôt plus qu’une infirmerie. Mais la Providence n’abandonna point la Mère Angélique dans ce besoin : elle lui fit trouver des ressources dans sa propre famille. Mme Arnauld, sa mère, qui était fille du célèbre M. Marion, avocat général, était demeurée veuve depuis quelques années, et avait conçu la résolution, non

  1. Louise-Marie Hollandine, princesse palatine de Bavière.