Page:Rambaud, Histoire des doctrines économiques, 1909.djvu/391

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sance de l’opinion, qui doit arriver à réprouver une paternité nombreuse comme elle réprouve l’alcoolisme[1] ; sur l’influence des femmes, qui doivent s’émanciper du mariage et de ses servitudes et s’élever au dessus des fonctions matérielles et dégradantes de la maternité[2] ; et enfin sur l’action plus ou moins directe de la loi, qui précisément trouverait dans le communisme une heureuse force de contrainte pour « réprimer par des peines cette satisfaction coupable de l’individu aux dépens de la communauté[3] ». Mais comment cette répression légale serait-elle pratiquée dans le régime communiste ? C’est là un point — capital cependant — que Stuart Mill a omis de développer. Je le regrette.

III. Théorie du fonds des salaires. — « Les salaires dépendent, disait Mill, des rapports qui existent entre le capital et la population », en entendant par capital seulement « cette portion du capital qui est employée à l’acquisition du travail… » Les salaires, « sous l’empire de la concurrence, dit-il encore, ne peuvent être affectés par aucune autre cause[4] ». Plus tard, cependant, et à la fin de sa vie[5], Stuart Mill abandonna cette théorie, dont la faveur allait toujours en diminuant et qui aujourd’hui n’a plus de défenseurs.

IV. Théorie de la valeur internationale. — Stuart Mill répète ici, en la développant, une théorie qui avait été

  1. « On ne peut guère espérer que la moralité fasse des progrès tant qu’on ne considérera pas les familles nombreuses avec le même mépris que l’ivresse ou tout autre excès corporel » (L. II, ch. xiii, § 1, t. 1, p. 433, en note).
  2. Ibid., p. 436.
  3. L. II, ch. i, § 3, t. I, p. 242. — Voir encore sur le malthusianisme dans Stuart Mill, 1. II, ch. xi, § 3, t. I, p. 406.
  4. L. II, ch. xi, § 1, t. I, p. 397-398. — Voir sur le wage-fund nos Éléments d’économie politique, 2e éd., pp. 518 et s. — Sur l’attitude de Stuart Mill dans la question du wage-fund, voyez Ingram, Histoire de l’économie politique, tr. fr., p. 228. Mais il est bien certain que Stuart Mill, dans sa grande œuvre didactique, c’est-à-dire dans les Principes, fut un ardent partisan de cette formule.
  5. Voir l’article publié à ce sujet par Mill dans la Fortnigthly Review de mai 1869.