Page:Rambaud, Histoire des doctrines économiques, 1909.djvu/396

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1° Si la population reste stationnaire, pendant que les capitaux montent, mais sans que les moyens de produire se développent, il doit y avoir une hausse des salaires, par la loi du wage-fund ; il doit même y avoir une hausse de la rente, parce que la population, sans être plus nombreuse, aura plus de moyens d’acheter des denrées alimentaires et par conséquent en demandera davantage ; mais les profits baisseront, par la concurrence des capitaux entre eux, avec maintien du même produit à répartir[1] ;

2° Si la population reste stationnaire, pendant qu’augmentent à la fois les capitaux et les arts de la production, l’hypothèse est aussi complexe dans ses données qu’incertaine dans les solutions des problèmes qu’elle implique : les probabilités ne sont guère faciles à dégager, sinon pour une baisse de la rente[2].

La conclusion d’ensemble de toutes ces recherches conjecturales serait que « le progrès économique d’une nation divisée en propriétaires, capitalistes et travailleurs tend à enrichir toujours la classe des propriétaires, tandis que le coût de la subsistance du travailleur tend à s’élever et les profits à diminuer. Pourtant les progrès de l’agriculture ralentissent ces deux derniers mouvements[3]. »

Tout cela, par malheur, reste absolument hypothétique, parce que les données des problèmes sont infiniment plus complexes que Stuart Mill n’a pu les entrevoir et les distinguer ; et tout cela aussi est gâté par une confusion continuelle entre la classe des capitalistes et celle des entrepreneurs, entre le profit des uns et le loyer ou intérêt des autres.

Ce n’en est pas moins, au point de vue métaphysique, une heureuse correction aux théories trop simplistes de Ricardo, quoique nous nous hâtions de faire remarquer que les prédictions de l’un ont reçu de l’expérience un

  1. L. IV, ch. iii, § 2, t. II, p. 263.
  2. L. IV, ch. iii, § 4, t. II, p. 265.
  3. L. IV, ch. iii, § 5, t. II, p. 275.