Page:Rambaud, Histoire des doctrines économiques, 1909.djvu/397

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démenti tout aussi manifeste que les prédictions de l’autre. Ce désaveu résulte, entre autres motifs, de ce qu’ils ont trop négligé l’un et l’autre de tenir compte des variation en pourcentage qui peuvent se produire et qui se produisent très réellement, au cours des temps et suivant les pays, entre les parts faites dans les masses totales à répartir[1]. Il est certain — et aucun observateur sérieux ne le conteste plus — que, dans les soixante ans écoulés depuis l’apparition de l’ouvrage de Stuart Mill, la condition moyenne des salariés de l’industrie est allée en s’améliorant d’une manière très sensible, tandis que la situation relative des capitalistes et propriétaires n’exploitant pas directement leurs capitaux ou leurs terres est devenue de moins en moins privilégiée ou prépondérante. La « dynamique » sociale de Mill est prise en faute[2].

Le chapitre suivant de Stuart Mill, sur la « tendance des profits à descendre à un minimum », est meilleur, malgré la même extension abusive qu’il donne au mot « profits ». Mill y démontre notamment que « dans les pays riches les profits sont ordinairement rapprochés du minimum[3] », mais que cette tendance à descendre au minimum est combattue par les crises commerciales, par les perfectionnements dans la production et par l’émigration des capitaux[4].

L’idéal de Mill, c’est l’état stationnaire, dans des pages qui sont demeurées célèbres[5]. « Je ne puis éprouver pour l’état stationnaire des capitaux et de la richesse, disait-il, cette aversion sincère qui se manifeste dans les écrits des économistes, de la vieille école… Il serait bien

  1. Voyez sur ce point nos Éléments d’économie politique, 2e éd., pp. 500-501.
  2. Nous reviendrons un peu plus loin sur ce point, en discutant les théories de Bastiat sur le progrès économique (Infra, ch. viii).
  3. L. IV, ch. iv, § 4, t. II, p. 283. — Beaucoup des idées exprimées dans ce chapitre se trouvent reproduites dans l’Essai sur la répartition des richesses de M. Paul Leroy-Beaulieu. — Karl Marx a formulé de même dans le livre III de son Capital la loi de la baisse du taux du profit.
  4. Loc. cit., §§ 5, 6 et 8.
  5. L. IV, ch. vi.