Page:Rambaud, Histoire des doctrines économiques, 1909.djvu/770

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Mathew. Fondée en 1877 par le Rév. Headlam, la Guilde de Saint-Mathieu réunit autour de son programme nettement socialiste plusieurs centaines de membres, dont un bon nombre appartenaient au clergé anglican.

Le socialisme chrétien d’Angleterre a pénétré en Amérique, où il a eu pour principal apôtre le Rév. Bliss, socialiste déclaré. Il s’y est incarné dans la Church social Union. Cependant, à tout prendre, le programme de la Church social Union est moins avancé que n’a été celui d’un bon nombre de nos catholiques sociaux d’Europe[1].

En Allemagne, le pasteur Stœcker, prédicateur de la cour de Berlin et membre du Reichstag en 1881, essaya aussi, en 1878, de créer un parti « chrétien social » dans l’Église protestante évangélique. Un temps fut même où les plus illustres encouragements lui furent donnés. À une réunion fameuse que Stœcker tenait à Waldersee le 28 novembre 1887, le prince impérial d’alors — aujourd’hui l’empereur Guillaume II — prit la parole pour déclarer qu’il fallait « mettre en valeur la pensée sociale chrétienne plus qu’on ne l’a fait jusqu’ici ». Mais bientôt la disgrâce commença. Elle fut complète quand le pasteur Stœcker eut été compromis, en 1895, par la chute financière et morale de son ami et collaborateur, M. de Hammerstein. Alors Guillaume II, qui, depuis la conférence internationale tenue à Berlin en 1890 sur la législation du travail, avait perdu de plus en plus ses illusions et qui avait renoncé finalement à l’espoir de désarmer les démocrates sociaux par des procédés empruntés au socialisme d’État, exécuta publiquement Stœcker au commencement de 1896[2].

Chez les catholiques, le mouvement qu’on appelle mouvement « chrétien social » ou « catholicisme social »,

  1. Kerby, Socialisme aux États-Unis, p. 93.
  2. Voyez Georges Goyau, l’Allemagne religieuse, 1898, le Protestantisme, ch. iv ; — É. de Laveleye, le Socialisme contemporain, ch. ix (10e édit., pp. 112-133).