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LES NUITS CHAUDES DU CAP FRANÇAIS


« Oh ! répliquai-je, pas avant d’avoir l’acte. » Ils eurent un moment d’hésitation. « Signe, ma chère amie » fait Montouroy, « notre existence vaut plus que la liberté de cette misérable ; d’ailleurs libre ou esclave, nous la retrouverons bien un jour. » La Létang, pâle et tremblante, signa donc mon affranchissement, et je les laissai à leurs amours, que mon interruption avait peut-être refroidies.

» J’étais libre, mais la liberté, quand on est pauvre, ce n’est guère que le droit de mourir de faim. Une jeune négresse qui, bien qu’esclave de fait, vivait avec tous les droits et toutes les richesses d’une blanche, me prit avec elle et m’enseigna l’art d’être belle et de charmer. Montouroy, qui avait eu pour moi un caprice charnel quand j’étais esclave, me revint amoureux passionné. Il me prend chez lui, m’installe place Montarcher dans un pavillon qu’il vient de faire bâtir, me couvre d’or et de joyaux. Dès que je sentis mon pouvoir sur lui, je pris à cœur d’être réellement sa maîtresse et de le traiter à mon tour comme il m’avait traitée jadis. Quelle joie j’eus à l’humilier, à le mettre en fureur, à le jeter à la porte de chez moi, à me jouer de lui devant ses amis, mes femmes, les esclaves ! Il devait me servir : à table, à la toilette, à la garde-robe ; et je m’amusais à le châtier comme un nègre. Il souffrait tout ; il semblait même heureux de souffrir. Avec moi il était si soumis que je lui aurais commandé de se tuer, il l’aurait fait. Mais, quand je n’étais plus devant ses yeux, il parlait de moi avec haine et colère. Je compris que