Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/272

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l’homme et la terre. — chrétiens

rait le maître, à la fois prêtre, empereur et dieu, poussant des cris en langues inconnues, et se livrant à des gestes, à des contorsions qui semblaient obscènes aux vrais Romains, jaloux des cérémonies antiques.

Mais cette désagrégation de l’empire favorisait la pénétration des idées du dehors. En dépit de la guerre furieuse qui sévissait sur la frontière, les peuples de la Perse et ceux de l’Occident se trouvaient embrassés dans le même monde intellectuel. Par une contradiction apparente, la Perse semblait vouloir s’isoler absolument au moment même où le mouvement de la pensée la faisait entrer en communion profonde avec ses voisins occidentaux. À cette époque, les rois sassanides, soutenus évidemment par l’opinion publique, tâchaient de restaurer les prières et les enseignements traditionnels de l’ancienne religion. Mais la langue dans laquelle les préceptes sacrés avaient été formulés premièrement était alors presque oubliée ; même le nom précis de cet idiome antique des Iraniens nous est inconnu, puisque le terme de zend sous lequel on le désigne est emprunté au titre actuel de la « Bible » persane et n’a d’autre sens que celui de « interprétation ». Zend-Avesta signifie tout simplement « Commentaire de la Parole » ; ce n’est qu’un recueil de prières et de formulaires rédigé en pehlvi, la langue commune à l’époque des Sassanides, une sorte de missel à l’usage des prêtres ; on y cherche vainement, de même que dans les autres livres plus récents, tels que le Bundahach, une description détaillée de l’ancienne religion des Iraniens. Tout ce que peuvent les chercheurs est d’y poursuivre, comme dans la Bible et d’autres ouvrages dits sacrés, les filons des enseignements divers des cultes primitifs qui y sont enfermés. Le Zend-Avesta n’est nullement une œuvre originale, mais une interprétation faite par gens du temple intéressés à présenter les livres religieux d’autrefois comme le code de leur autorité, la justification de leur despotisme. « Le bien et le mal ne sont pas dans la conscience », dit un passage du livre, « mais dans l’obéissance ou la révolte à la parole du prêtre ». « Et maintenant que j’ai prié, ajoute un autre pontife, j’attends ma récompense ». Puis ailleurs : « J’ai prêché ta doctrine, donne-moi la fortune » ! A cet égard, le Zend-Avesta ne vaut pas mieux que certaines parties des Veda, c’est également une œuvre de lucre.

Mais loin de pouvoir se constituer un culte complètement national,