Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/42

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l’homme et la terre. — orient chinois

une large plaine fertile, bien gardée par des promontoires fortifiés.

Plusieurs chemins y convergent, entre autres les sentiers qui parcourent les steppes fécondes des rives de l’admirable Kuku-nor ou « Mer bleue », et ceux qui par le cours supérieur du Hoang-ho et par-dessus les plis parallèles du Kuen-lun se dirigent vers le Tibet oriental, permettant ainsi l’échange des produits très différents des hautes terres avec ceux de la plaine ; mais si importantes pour le trafic que soient ces routes secondaires, elles ne peuvent se comparer en valeur historique avec la voie maîtresse du nord-ouest qui réunit, par le défilé de Yu-men ou « Porte du jade », véritable goulot de bouteille, tous les chemins qui traversent les Pamir et les monts Célestes ou contournent au nord ce grand système orographique. Les villes, d’aspect déjà chinois, qui se succèdent dans ce corridor d’entrée comme un faubourg de grande ville, le long d’une route poudreuse, s’espacent à une altitude moyenne de 1 500 mètres, ce qui, sous ces parallèles de 40 à 45 degrés, présente les meilleures conditions pour la marche facile des voyageurs.

Point d’arrivée si remarquable pour les routes convergentes de l’Occident, la « Ville de la Beauté » n’a pas moins d’avantages comme point de départ pour l’intérieur de la Chine. De ce côté, la voie historique n’a qu’un léger obstacle à surmonter : une ascension facile de quelques centaines de mètres mène de Lan-tcheu au col qui traverse l’arête de montagnes séparant le haut fleuve Jaune d’un autre cours d’eau, le Hwei-ho ou Wei-ho. Celui-ci, par son orientation de l’ouest à l’est et la forme du sillon dans lequel il s’écoule, est la vraie branche maîtresse du Hoang-ho ; il constitue la base véritable à laquelle se rattache le réseau des lignes de vie qui traversent la Chine dans tous les sens, tandis que le grand fleuve lui même fait un immense détour dans les déserts du Nord, en un territoire que la Grande muraille, protectrice des agriculteurs, ne pouvait qu’abandonner aux nomades.

En nulle contrée du globe, cet entrecroisement de mailles géographiques n’est dessiné d’une manière plus nette, sur un plan plus vaste, et ne s’est maintenu sous la même forme pendant un plus grand nombre de siècles, grâce à la parfaite accommodation de l’homme à la nature. Ainsi que le montre la longue histoire du peuple chinois, une harmonie parfaite s’est établie entre l’individu et son milieu.