Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/470

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l’homme et la terre. — arabes et berbères

chrétiens auraient voulu le créer, entraînés les uns et les autres par la nature envahissante et autoritaire de leur foi ; les divisions naturelles du sol aidèrent à la fragmentation de la contrée en États distincts, ou n’ayant qu’une faible cohésion. Le versant méridional des montagnes côtières du sud et de la Sierra Nevada constitue une de ces régions à part. La riche Andalousie forme un vaste bassin d’une belle unité géographique ; cependant elle se partage facilement en segments secondaires par l’effet de sa grande longueur comparée à sa largeur peu considérable ; en outre, la campagne de Grenade, bien limitée, si ce n’est à l’ouest, par son amphithéâtre de monts et de collines, est un territoire très facile à clore politiquement. Au nord de la Sierra Morena, l’Estramadure, la Manche ont aussi leur individualité fort nette, de même que Murcie et Valence sur le littoral de la Méditerranée. Enfin, dans tout le reste de la péninsule Ibérique, les dépressions ménagées entre les massifs élevés des plateaux marquent autant de domaines indiqués par la nature pour la répartition politique des peuples. Dans l’ensemble, le cirque immense enfermé par les Pyrénées présente une disposition favorable à ceux qui occupaient les régions du nord, c’est-à-dire aux chrétiens. Ceux-ci avaient l’avantage du terrain, grâce à la pente générale du sol ; ils avaient dans leurs montagnes une base de retraite toujours sûre, tandis que les musulmans reculaient de plaine en plaine et n’étaient abrités que par des chaînes pour la plupart faciles à tourner.

Cependant la force d’impulsion première était si grande que dans le premier demi-siècle de leur séjour en Espagne les Arabes franchirent les Pyrénées et pénétrèrent dans les Gaules. Leur ambition était plus audacieuse encore : ils avaient rêvé de reprendre le chemin d’Hannibal pour aller prêcher le vrai Dieu au Vatican, puis de pousser jusqu’à Constantinople et d’atteindre Damas pour y déposer leurs épées au pied du trône des khalifes[1]. Mais leurs dissensions intestines usèrent sur place la surabondance de force qui les animait au début. Ayant pour ennemis principaux les Visigoths, auxquels ils avaient enlevé la domination de l’Espagne, ils traversent les Pyrénées orientales par le col de « Perthus », ou col de Bellegarde, et s’emparent de la Septimanie méridionale, dépendance du royaume des Goths.

  1. Draper, Histoire des Conflits entre la Science et la Religion, trad. franc., p. 69.