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l’homme et la terre. — arabes et berbères

Chine au Maroc, des hôtes empressés, des connaissances, des amis et des parents. L’injonction du prophète relativement à la visite de La Mecque encourageait ce perpétuel voyage d’un bout du monde à l’autre, et les arabes s’y prêtaient d’autant plus volontiers que, grâce à la solidarité créée par l’unité de croyance, ils pouvaient briguer en tout pays les fonctions répondant à leur mérite, et que les mœurs polygames leur permettaient de se créer partout une famille. C’est au dixième siècle surtout que ce goût des voyages déplaça le plus grand nombre d’aventuriers et de savants. Massudi s’appliquait ces paroles d’un poète arabe : « Je me suis tellement éloigné vers le Couchant que j’ai perdu jusqu’au souvenir du Levant, et mes courses se sont portées si loin vers le Levant que j’ai oublié jusqu’au nom du Couchant. »

Conquérants de la terre, les Arabes avaient également conquis la mer. Vers l’est, le golfe Arabique et le golfe Persique, la mer d’Oman et l’océan Indien leur appartenaient ; à la fin du premier siècle de l’hégire, les navigateurs arabes trafiquaient déjà à Canton ; cent ans plus tard, ils avaient transféré leur dépôt principal vers l’embouchure du Yang-tse et possédaient en outre un marché important dans la péninsule Malaise[1]. À l’ouest, ils disputaient aux chrétiens la possession de la mer Noire, de la mer Égée et de la Méditerranée tout entière. Maîtres de l’Espagne et de quelques points du littoral de la Provence, de la Ligurie, de l’Italie, ils cherchaient également à s’emparer des îles : à la fin du huitième siècle, ils occupaient les Baléares, puis ils s’établissaient en Sardaigne et en Sicile ; ils finissaient même par dominer entièrement cette île d’un bout à l’autre ; enfin, au centre même de la Méditerranée, ils tenaient l’île-forteresse de Malte, dont la population, complètement arabisée, finit par prendre leur langue et leurs coutumes. Ainsi que le disait plus tard l’historien Ibn-Khaldun avec un orgueil qui dépassait pourtant la vérité, les Arabes commandaient au onzième siècle sur toutes les contrées qui bordent la « mer de Rome »… « Les chrétiens ne pouvaient pas même y faire flotter une planche ».

Sur mer, la domination des Arabes ne passa point non plus sans qu’ils eussent réalisé des progrès scientifiques et laissé des connaissances nouvelles à leurs successeurs. Les tables astronomiques d’Abul-Hassan, qui vivait au treizième siècle, indiquent sur la côte méridio-

  1. R. Beazley, Medieval Trade and Trade Routes.