Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/526

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
506
l’homme et la terre. — carolingiens et normands

force est à l’empereur Romanos d’acheter la paix par des présents et des promesses. Déjà christianisés, les Normands de Russie perdent leur force agressive contre les chrétiens d’Orient, et ce sont eux au contraire qui subissent l’influence bysantine et qui modèlent graduellement leurs idées et leurs mœurs sur l’exemple qui leur vient de la Rome orientale. Mais le curieux phénomène d’un circuit complet d’invasions autour du continent d’Europe n’en est pas moins accompli : les Normands « Varangiens », partis de la Norvège par le détour de l’Europe occidentale, se rencontraient dans les îles de la Méditerranée avec d’autres Normands « Varègues », qui avaient parcouru les chemins de la Slavie entre la Suède et Bysance : de la Scandinavie à la Sicile, le cercle s’était refermé.

En dehors de l’Europe proprement dite, les Normands devaient être aussi les héros d’une œuvre capitale dans l’histoire de l’humanité, le peuplement de l’Islande et une première découverte du Nouveau Monde. Et du moins le premier de ces événements se fit sans bataille, sans meurtre ni pillage. La partie de la population norvégienne qui accomplit l’exode constituait d’ailleurs un élément social de beaucoup supérieur à celui des conquérants viking. Ce fut l’amour de la liberté, et non la passion du butin, qui détermina l’émigration des confédérés de Trondhjem.

A cette époque, vers la fin du neuvième siècle, le roi Harald « aux beaux cheveux » avait réussi à constituer l’empire norvégien à son profit : maître des passages qui font communiquer les fjords du sud avec ceux du nord, il avait pu donner l’unité géographique à ses Etats, et les hommes libres qui ne pouvaient s’accommoder de l’obéissance n’avaient plus qu’à s’expatrier. Or, un aventureux voyageur, Nad-Odd, avait déjà porté dans le pays des nouvelles de la « Terre des neiges », appelée plus tard « Terre des glaces », l’Islande, où, disait-il, tout homme pourrait vivre fier et libre : « Il n’y avait ni rois, ni tyrans ! » Cependant quelques immigrants y avaient déjà trouvé place. Dès 796, les papæ ou anachorètes celtes, d’Iona et d’Irlande, dont les cellules ont été reconnues dans toutes les îles situées au nord de la Grande-Bretagne, occupaient les terres dites Vestmanneyjar, qui parsèment la mer au sud-ouest de la côte islandaise : leur nom même signifie « Iles des Hommes de l’Ouest », c’est-à-dire « îles des Irlandais ». Ces moines