Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/544

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l’homme et la terre. — carolingiens et normands

des remparts de monts qui, avant la construction des routes, furent doublement des obstacles, à la fois par leurs forêts et leurs précipices et par le manque de populations à pressurer. Le quatrième côté du quadrilatère de Bohême, celui du sud-est, présente également une rangée de croupes et d’aspérités formant une ligne de partage entre les affluents de l’Elbe et ceux du Danube ; mais cette succession de hauteurs, où des mines depuis longtemps exploitées ont appelé de nombreux ouvriers, était beaucoup plus facile à traverser que les autres faces du losange et permettait ainsi les communications entre les campagnes de la cavité bohémienne et les contrés orientales d’où venaient les immigrants tchèques. Cependant la profonde dépression qui s’ouvre du sud au nord par la vallée de la Morava (March en allemand), entre les plaines du Danube et le haut bassin de l’Oder, facilita beaucoup de part et d’autre la pression des populations germaniques, et, de ce côté, le domaine des Slaves se trouve réduite un étroit pédoncule.

Les peuples d’origine finnoise, qui, après les Slaves, avaient de beaucoup la prépondérance numérique parmi les habitants des plaines de l’Europe orientale, se trouvèrent naturellement entraînés dans le mouvement de migration avec leur avant-garde germanique et slavonne. Mais il arriva souvent que des migrateurs s’entremêlèrent et s’entre-civilisèrent par l’effet des rencontres et des remous ; les langues et les souvenirs même de la race primitive changèrent pendant le voyage. C’est un résultat de cette nature, nettement caractérisé, que l’on rencontre chez les Bulgares. Ces habitants de l’antique Mœsie étaient bien certainement de souche ougrienne comme les Huns, et leur parler primitif devait ressembler à celui des Samoyèdes, leurs parents, refoulés sur les bords de l’Océan glacial. Lorsqu’ils apparaissent pour la première fois dans l’histoire, ils sont campés sur les bords du fleuve Volga, auquel ils doivent leur nom — à moins que le cours d’eau ait été appelé d’après eux —, et leur capitale, située en aval du confluent de la kama, est un des plus grands centres de trafic dans tout le monde oriental. Leur carrière de conquêtes, de destruction, puis de défaites, de désastres et de retours offensifs est une des plus effroyables que racontent les terribles annales des migrations guerrières, et, pendant ces guerres, ils se mêlent et se remêlent avec tous les débris ethniques des peuples vaincus, dans les campagnes ravagées et sur les champs de bataille. Leur nom, prononcé avec horreur, est un de ceux qui, dans le