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l’homme et la terre. — carolingiens et normands

après le refoulement vers le Nord qu’ils ont dû subir des deux côtés du golfe de Botnie, en Finlande et en Suéde ; dans les contrées où l’agriculture n’est possible qu’en de rares endroits bien abrités, l’homme n’a d’autre ressource que le poisson et le sang, la chair ou le lait des rennes ; il est donc forcément astreint à la vie nomade, d’autant plus que le lichen, principale nourriture de leur animal domestique, ne repousse bien qu’une dizaine d’années après avoir été brouté. Dans les districts de l’intérieur où les familles n’ont pas suffisamment la nourriture que fournit la mer, et où le sol ne peut être cultivé, l’alimentation habituelle pendant l’hiver se compose d’une herbe amère, de mousse et d’écorces : on y ajoute parfois une terre farineuse formée en grande partie de lamelles de mica[1]. D’après Düben, la langue des Lapons contient 41 mots pour désigner la neige, 20 pour la glace, et 26 pour le gel et le dégel[2]. Manger, vivre, telle devait être l’unique préoccupation de ces hommes du Nord, et les espaces déserts étaient trop vastes autour d’eux, les mers trop solitaires et trop glacées pour qu’ils eussent la ressource du pillage comme les Normands, leurs voisins du Sud.

Maintes peuplades dites actuellement « allophyles » à cause de leur évidente diversité d’origine, comparées aux Slaves de la Russie, les Bachkir, Ostiak et Vogoul, les Mordvin, Tcheremiss et Tchouvack, Sîrian, Votiak et autres, avaient trop peu de cohésion ethnique, et leur état semi-nomade donnait à leurs territoires des contours trop flottants pour qu’elles pussent constituer des nationalités conscientes dans l’histoire européenne ; mais celles des tribus qui s’établirent sur les bords de la Baltique, Ehstes et Lives, Karéliens et Finlandais ont du moins pu se fonder une patrie bien déterminée. Déjà sous le nom de Biarmiens, lorsqu’ils habitaient, plus à l’Orient, la Biarmie ou contrée de Perm, ces Finnois avaient acquis une assez grande importance comme intermédiaires de commerce entre l’Europe et l’Asie ; ils comptèrent davantage en arrivant au bord d’une mer qui les mettait en communication, indirectement au moins, avec les pays de l’Europe occidentale. Ils avaient même pénétré jusqu’en Scandinavie, où ils se trouvèrent en contact avec les Normands, mais ils n’étaient pas de force à lutter avec de pareils ennemis, et ceux-ci les refoulèrent hors

  1. C. Schmidt. Bull. de l’Acad. des Sciences de Pétersbourg, vol. XVI, 1871.
  2. Gust. von Düben, Lappland och Lapparne.