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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

Le journal le Cooperator donne, dans son numéro d’octobre dernier, les noms de 400 stores pour la vente d’objets de consommation, de vêtements, etc. Cette liste, qu’il déclare lui-même fort incomplète et provisoire, ne comprend pas les fabriques, les filatures, les manufactures diverses, etc. On y voit que, sauf deux ou trois exceptions, tous les Stores rapportent à leurs actionnaires un intérêt annuel de 5 %, et à leurs clients, un revenant-bon sur leurs achats, qui s’élève par trimestre de 5 à 7 ½ %, soit 25 à 35 % par an, comme nous l’avons vu plus haut.

300 de ces sociétés ont déclaré compter un personnel de 77 000 membres environ, ce qui fait 260 membres pour chacune.

297 ont accusé un capital de 8 725 000 fr., soit par société 29 000 fr., et par membre 113 fr.

109 ont réparti dans le dernier trimestre un bénéfice de 2 103 500 fr., soit 19 800 chacune.

Nous ne voudrions pas pousser bien loin le calcul des moyennes, de peur de tomber dans des exagérations en plus ou en moins. Du reste, il ne faut point perdre de vue qu’en pareille matière, les chiffres ne peuvent être qu’approximatifs, et qu’il est dans leur nature de changer chaque jour de valeur relative autant que de valeur absolue. Il nous semblait nécessaire de rappeler cette observation avant de procéder à une nouvelle évaluation sommaire. En supposant 450 sociétés coopératives (nombre probablement un peu au-dessous de la réalité] et en leur attribuant un capital social de 29 000 fr (moyenne acquise ci-dessus, mais qui est probablement un peu trop forte pour la totalité des cas), nous avons comme montant des sommes engagées dans les associations pour la consommation

le chiffre très-approximatif de 13 000 000 francs.
au moyen duquel il se fait pour plus de… 104 000 000
d’affaires, laissant un bénéfice de près de… 4 000 000

Quatre millions de francs à répartir entre 110 000 ouvriers, chefs de famille pour la plupart, c’est un résultat qui pourrait paraître bien modeste au Stock-Exchange, où l’on voit une demi-douzaine d’agioteurs en empocher autant à chaque liquidation. Mais qu’on y réfléchisse bien : ces quatre millions n’ont pas fait que changer de main et se loger dans le portefeuille de M. Trois-Étoiles après avoir séjourné dans celui de M. Deux-Étoiles ; ces quatre millions ont enrichi d’autant la communauté, par la suppression d’intermédiaires désormais inutiles. Les économies équivalent à une production ; car produire à meilleur marché, c’est produire davantage. Et ces économies n’ont pas qu’une valeur négative, elles ont été réalisées comptant, et sont entrées dans l’escarcelle de braves ouvriers.

Ce résultat, bien satisfaisant déjà, gagne considérablement en importance quand on réfléchit qu’il se maintient dans les conditions actuelles.