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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

employé pût être aboli par le principe de l’association ? Plus il n’y aurait de grève, de règlements arbitraires, ni de fermetures d’ateliers et de chantier ! Plus il n’y aurait de coalition marchant en guerre contre une autre coalition ! Un pont serait jeté entre le travail et le capital, séparés autrefois par le gouffre de l’usure ! Plus d’intermédiaire entre le producteur et le consommateur, réunis dorénavant dans une seule et même personne, comme le seraient aussi le patron et l’ouvrier, et par conséquent la classe bourgeoise et le prolétariat qui se fondraient dans la nation sans laisser de traces de leur désunion originaire !…

Telle étant la théorie, une pratique déjà suffisante nous permet de bien augurer de sa réalisation. Cinq ou six cents sociétés ouvrières sont formées ou en voie de formation ; l’armée des coopérateurs grossit ses rangs de jour en jour : elle pourra être formidable ; voilà pour le nombre. Quant à l’argent, une somme de plusieurs millions de francs a été déjà mise en œuvre pour la constitution du nouvel ordre de choses. S’il faut des preuves de capacité commerciale et administrative, les minoteries de Leeds et de Rochdale les ont données ; après avoir fait pour 25 millions d’affaires, ces compagnies n’ont pas pour 250 francs de mauvaises créances. S’il s’agit de moralité, les Équitables Pionniers peuvent certes être cités en modèle à leur génération.

L’avénement du régime d’association serait en Angleterre un immense fait politique et social. Nous verrions alors, nous verrions…


— Silence ! renfermons nos doux espoirs au fond de notre cœur. Les destins sont jaloux ; point ils n’aiment qu’on les devine ; point ils ne veulent qu’on leur sourie d’avance !


15 octobre 1862
Élie Reclus