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MES SOUVENIRS

Je vis également Victor-Emmanuel et je rendis compte au ministre des affaires étrangères de France de ce double entretien : « Le roi, que j’ai eu l’honneur de voir hier au soir, m’a tenu le même langage avec cette franchise qui le caractérise, et il m’a donné l’assurance qu’il ne pensait nullement à faire la guerre. Ces paroles sont fort rassurantes sans doute, et elles honorent le roi et son ministre. Cependant, si une rencontre sérieuse avait jamais lieu entre les troupes qui se trouvent en présence dans la Hesse électorale, je crains bien que le contre-coup ne s’en fasse sentir immédiatement dans les États sardes et que l’on y voie se renouveler les scènes qui ont précédé l’entrée en campagne de 1848. Le gouvernement serait obsédé de tous côtés par la presse, par des démonstrations publiques, par les cris de l’émigration ; il ne lui faudrait pas peu d’énergie pour y résister, et c’est la fermeté qui manque aux hommes qui sont au pouvoir dans ce pays. Ce penchant pour la guerre est habilement exploité par le parti anarchique qui en le flattant et en l’encourageant semble ainsi, lorsqu’on ne regarde qu’à la superficie, être le représentant véritable de l’opinion publique et escamoter à l’aide de ce subterfuge son approbation pour des projets chimériques ou des doctrines insensées et coupables.