Page:Remy - Les ceux de chez nous, vol 1, Mon bon nouveau gros paletot, 1916.djvu/11

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et les manches me hagnent aux poignets ; il est trop grand, voilà.

Il iret foert bin l’anneye qui vint, dit ma tante, et elle me regarde en tusant et en pinçant son menton. Moi je ne sais pas quoi faire pendant qu’ils font tous les trois des ronds yeux sur le paletot ; et puis tout d’un coup je retire mes mains dans les manches, je cache ma tête dans le paletot et je marche en me faisant encore plus petit, comme si le gros crolé paletot allait tout seul ; si Zante était là, il aurait peur, il est si bête.

Pah ! i ravisse li tchin d’ax vix Hanesse li biergi d’mon Legraye. C’est mon oncle qui vient de dire ça ; et maintenant je déteste le paletot quand même qu’on n’y verra pas la crasse.

Et voilà qu’on ne le prend pas non plus ; c’est le bleu, le beau bleu que je vais avoir. Ah, comme j’ai bon !

— Nous prendrons celui en bleuve sitoffe, savez-vous, Monsieur, mais vous me l’lairez pour cinq pièces.

— Celui de 27 francs ? La maison ne marchande pas, Madame.

— Je n’donnerai pas un aidant de plus.

— Enfin, il faudra bien ; nous le laisserons à 25. Mais c’est parce que c’est vous.

Pendant que l’homme refait un beau paquet bien droit avec ses paletots (comme ça sent bon, les nouveaux gros paletots !) ma tante va chipoter après son argent dans le tiroir d’en haut de la grosse armoire où il y a la belle cafetière à fleurs, dessus. C’est si