Page:Remy - Les ceux de chez nous, vol 9, J'écris une belle lettre, 1916.djvu/10

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Djan, don, vos allez d’foncer m’coffe torate ; qu’av’mesahe dè bouhi comme on foersôlé ?

Oh ! vous grognez toujours vous, Trinette ! on n’ose jamais rien faire.

Taihiz-ve, bourdeux. Houtez à c’t’heure, allez-se mi kwire li scriptôre po fer ine belle lette po m’galant.

J’y vais et quand je reviens avec l’encrier et le porte-plume, elle est déjà habillée et elle fait semblant de lire une lettre où qu’il a dessus une décalcomanie.

Djan ! Léhez-me on pau çoulà, qui j’veusse si j’a bin saisi tot, pasqui ji n’veu nin foert clér houye.

Alors je prends la lettre et je lis en faisant une voix fort haute comme quand le maître me fait réciter l’histoire sainte.

« Chère Trinette, c’est pour vous dire que depuis que je suis au régiment, je n’ai pas encore bu pour deux cennes de pèquet. »

Et voilà Trinette qui commence à pleurer, elle met ses deux poings ensemble, et avec une toute petite mince voix :

Loukiz on pau à c’t’heure, li pauve valet qui n’a nin co avou deux cens di pèquet. Est-ce t’il possipe, binamé bon Diu donc ! Djan, on les fait mori à les maltraiti, les pauves sôdards !

Quand je veux lire plus loin, Trinette n’écoute plus parce qu’elle reparle toujours des deux cennes de pèquet.

Et après que c’est fini, je n’ai presque rien compris non plus parce qu’il n’arrête jamais