Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/446

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le cas où son amour-propre n’aurait pas suffi pour le rassurer sur la vertu de sa femme, le changement qui s’était opéré dans la façon d’être de son compagnon de plaisir lui aurait assez dit l’échec qu’il avait éprouvé.

Albert devint, dès ce jour-là, l’objet des moqueries du baronnet, qui ne laissa plus passer aucune occasion de le plaisanter, même devant lady Maury, et de le présenter partout et ouvertement comme l’adorateur passionné de sa femme.

Il fit même si bien que, profondément humiliée de ces sarcasmes de mauvais goût, la jeune lady finit par consigner l’ami de son mari à la porte de son appartement, et elle signifia à sir Arthur que rien au monde ne la forcerait à le recevoir de nouveau.

Albert devint alors vraiment malheureux.

Forçat du plaisir, rivé à la même chaîne que le baronnet, il commença à mépriser cet homme qu’il ne devait pas tarder à haïr.

Cependant, le ciel, un jour, sembla prendre en pitié lady Maury en lui permettant de devenir mère.

Lorsqu’elle fut certaine que ce bonheur lui était réservé, il lui sembla qu’une existence toute nouvelle allait commencer pour elle, et malgré l’indifférence avec laquelle sir Arthur reçut la nouvelle de son état de grossesse, elle voulut encore espérer le ramener à elle, grâce à ce nouveau lien si puissant sur les cœurs les moins sensibles.

La pauvre femme s’était trompée.

La naissance d’une fille, à laquelle elle donna le nom de Ada, ne changea rien ni aux habitudes du baronnet ni à ses sentiments pour sa femme.

Mais le besoin d’affection de lady Maury pouvait désormais se satisfaire.

En pressant contre son cœur ce petit être blanc et rose, qui était tout son avenir, elle s’efforçait d’oublier l’époux pour lequel, malgré son indulgence, elle ne pouvait plus avoir qu’un profond mépris.

Près de dix-huit mois se passèrent ainsi en alternatives de joies et de douleur pour la jeune mère.

Quant à Albert Moore, il avait vainement cherché à éteindre en lui cet amour qui le torturait.

Malheureux, impitoyablement raillé par le baronnet, il n’avait plus trouvé un refuge que dans l’ivresse.

Il se passait peu de jours sans qu’on le ramenât chez lui, privé de raison, dans un état à faire honte au dernier des portefaix.

Pendant ce temps-là, sir Arthur entretenait ouvertement une danseuse de Drury-lane, pariait et jouait nuit et jour.

Sa nouvelle fortune lui avait ouvert un crédit qu’il pensait si complètement inépuisable qu’il crut rêver, lorsque son notaire lui répondit un jour à une demande d’argent en exigeant la signature de lady Maury.