Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/118

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vie, ne demandant que deux choses, la nourriture et le vêtement[1], « l’homme de Dieu[2] », comme l’appelle notre auteur, sera un maître austère, souvent un directeur impérieux[3]. « Ne reprends pas le vieillard, mais exhorte-le comme un père ; exhorte les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, les femmes jeunes comme des sœurs, en toute pureté[4]. » On sent dès lors que la société chrétienne ne sera pas une société libre. L’individu y sera surveillé, censuré ; il n’aura pas le droit de dire à son concitoyen : « Que vous importent ma conduite et ma croyance ? Je ne vous fais aucun tort. » Le fidèle soutiendra qu’en croyant autrement que lui, on lui fait un tort et qu’il a le droit de protester. Conception tout à fait illibérale, et contre laquelle les princes, les laïques, se révolteront à bon droit. « Évite l’hérétique, après un premier et un second avertissement[5]. » Quoi de moins conforme aux maximes d’un homme bien élevé ? L’hérétique a son opinion, comme vous avez la vôtre ;

  1. I Tim., vi, 7 et suiv., 17-19.
  2. I Tim., vi, 11 ; II Tim., iii, 17. Cf. II Petri, i, 21. L’expression est empruntée à l’hébreu.
  3. I Tim., v, 20 ; II Tim., ii, 24-26 ; Tit., iii, 10.
  4. I Tim., v, 1-2, 17-19.
  5. Tit., iii, 10.